Interview mit Yves Saillen (franz.)

Yves Saillen

Goûtez le charme de la langue française et faites la connaissance d`un compagnon de route spirituel: Yves Saillen

Entretien du 26.04.2019

« Fidèle à notre tradition internationale , nous avons convenu d`un rendez-vous au „Lago (italien) Lodge (anglais)“ au bord du lac de Bienne, le „Stamm-Beiz“ (suisse allemand) de Yves…… Bienne est une ville frontalière typique de la Suisse romande, où les „suisses allemands“ et les „romands“ sont voisins, où vous pouvez poser des questions en allemand dans la rue et obtenir une réponse en français. Il vient de pleuvoir, des bateaux vont et viennent dans les eaux du port. Le ciel nuageux est bas, il effleure presque le jura tout proche. Nous nous retrouvons le matin pour un cappuccino dans un restaurant encore vide. »

Via Integralis (Regina Grünholz): Yves, Y-at-il des textes de mystiques français?

Yves Saillen: Il y en a naturellement, comme Blaise Pascal, François Fénelon, Thérèse de Lisieux, Charles de Foucault, Theillard de Chardin, Madeleine Delbrêl, Simone Weil, Henri Le Saux et d’autres encore. Je n’ai pas particulièrement travaillé la mystique française. Theillard de Chardin (le cœur de la matière, lui, à la fois scientifique et mystique ) et Henri Le Saux (lettres d’un sannyasi chrétien) font partie de ceux qui m’ont le plus inspiré.

VI: Existe-t-il des textes zen originaux en français ?

YS: Oui, de nombreux textes classiques ont été traduit en français. Pour ma part, dans mon enseignement, j’ai commenté, en autres, des textes de Seng-Ts’an, le 3ième patriarche chinois, de Houei-Neng, le 6ème patriarche Chinois, de Dogen…

VI: Traduis-tu des textes allemands ou d’autres langues en français ?

YS: Non, je n’ai pas le temps de le faire. J’intègre dans ma pratique des textes allemands, anglais, japonais, chinois, traduis en français.

VI: Seriez-vous romands ou français intéressés par un bulletin d’information via integralis en français ?

YS: Je ne le sais pas. La communauté francophone est actuellement peu nombreuse. Il y a quelques années de cela, j’ai créé un site (www.meditation-zen-vi.ch). Je diffuse par ce canal et par une circulaire bisannuelle les informations les plus importantes.

VI: La via integralis est-elle connue? Existe-il un intérêt pour la via integralis, pour la méditation en général dans la région francophone ?

YS: Comme partout dans le monde, les francophones s’intéressent à la méditation, aiment à la pratiquer, mais respectent plus les limites des différentes traditions comme celles du bouddhisme ou du christianisme. Intégrer dans une même méthode des éléments issus de la tradition bouddhiste zen et d’autres issus de la mystique chrétienne est moins connu. Je suis actuellement le seul enseignant autorisé de l’école via integralis actif en Suisse romande et en France. Depuis que j’ai commencé à enseigner en 2007, j’ai eu l’occasion à de nombreuses reprises d’en parler et d’animer des sessions. Un petit groupe de pratiquant(e)s me soutient dans cette tâche.

VI: As-tu des disciples? Comment enseignes-tu le shikantaza ? Tu ne travailles pas avec des mots clés ? Comment reconnaître le développement d’un élève?

YS: Il y a un petit groupe de personnes qui sont formellement disciple. D’autres le sont aussi de manière informelle. Je suis le seul à être autorisé à former des disciples. Shikantaza est un des éléments central d’une tradition bouddhiste, dans laquelle la pratique de zazen est réalisation immédiate et continue du Dharma. Le Dharma signifiant à la fois l’enseignement du Bouddha et la Voie de la réalisation. La pratique de zazen est, donc, réalisation de la Voie bouddhiste. Même si ne nous en sommes pas conscients, zazen est réalisation et, en tant que telle, elle se concrétise dans le quotidien. Les personnes pratiquantes sont exhortées à abandonner toute intention, toute attente, à lâcher-prise radicalement et à être présent dans la posture sans autre volonté que d’être présent dans ce lieu, dans cet instant. Se manifeste alors ce qui est ainsi, l’ainséité. Ni plus, ni moins. Pleinement. Sur ce long chemin, l’enseignement est plus une initiation, plus un apprentissage dans le sens d’accompagner une personne dans sa pratique qu’une transmission de connaissances. Dans le cadre de la pratique quotidienne, seule ou avec d’autres, dans celui des sessions de plusieurs heures à plusieurs jours, dans celui d’entretien personnel avec l’enseignant ou en groupe, les expériences faites donnent aux personnes pratiquantes l’occasion de verbaliser ce qu’elles vivent et d’intégrer peu à peu ce vécu et ce faisant de se transformer. Mon temps d’apprentissage a été essentiellement un temps d’expérimentation, de découverte, d’intégration et de transformation. Il fonde ma compétence d’enseignant qui a été confirmée par mon enseignant Niklaus Brantschen. C’est elle qui me permet en observant le comportement des élèves, leur pratique, leur présence, en écoutant leurs déclarations lors des entretiens individuels, d’évaluer leur progression. Je recommande de pratiquer le non-savoir, point de jonction entre la mystique rhénane, espagnole et zazen.

VI: Comment s’est passé ton cheminement spirituel ? Comment en es-tu arrivé à ne pratiquer que simplement-être-assis ? Pourquoi pas avec des mots clés ? Quelle est ta préférence ? Quels ont été les jalons de ton développement ?

YS: L’expérience spirituelle spontanée que j’ai faite à l’âge de 24 ans m’a permis de découvrir le bouddhisme zen et la pratique de zazen. Cette dernière m’a attirée tout particulièrement de par sa simplicité et sa subtilité. J’ai commencé à pratiquer shikantaza sans le savoir vraiment, J’ai eu, par la suite, l’occasion d’expérimenter et d’approfondir cette voie, de mieux comprendre et distinguer les différentes écoles. J’ai pu, ainsi, mieux discerner ce qui caractérise les écoles soto et rinzai. La rencontre de Niklaus Brantschen, son enseignement et son accompagnement m’ont confirmé que ma voie consistait et consiste à pratiquer shikantaza, un des éléments central de la tradition soto, ou, dans le cadre de la via integralis, à pratiquer la voie de nada. Cette pratique m’a ouvert la voie de l’expérience de la nature essentielle de tout ou, selon notre tradition chrétienne, de Dieu et de son intégration, suivie de son oubli, lent processus qui débouche sur la simplicité d’une vie accomplie d’instant en instant.

VI: Veux-tu dire quelque chose au sujet de ta maladie (M.Parkinson)? Quels ont été les premiers signes? As-tu des facultés affaiblies aujourd’hui ?

YS: Cette maladie se développe avant même que l’on remarque les signes avant-coureurs. Pour ma part, j’ai perçu que le flux de mon écriture n’était plus harmonieux, que les mouvements de mon bras droit et de ma jambre droite étaient moins fluides et que des tremblements perturbaient certains mouvements. Grâce aux différentes thérapies, mon état est relativement stable. De manière générale, je suis plus lent et moins sûr qu’auparavant, mais tout autant présent.

VI: Y a-t-il différentes phases, différents moments d’acceptation?

YS: Apprendre que je suis atteint de cette maladie m’a surpris et remis en question. L’acceptation ne se réalise pas sans faire un travail sur moi-même. Elle influence aussi l’organisation de ma vie. J’apprends à discerner avec plus de clareté qu’elles sont les priorités et les choix à faire. Je me concentre sur l’essentiel.

VI: Comment cette maladie affecte-t-elle ta spiritualité ? Ta vie quotidienne ?

YS: Cette remise en question évoquée ci-dessus affecte aussi ma vie spirituelle. Elle me donne l’opportunité d’abandonner tout ce qui, à mes yeux, est encore superflu au bénéfice d’un approfondissement, d’une plus grande simplicité et aussi d’une plus grande confiance, Ma vie spirituelle s’en trouve vivifiée, et aussi intensifiée dans le quotidien.

VI: Aimeriais-tu partager quelque chose au sujet de ta vie ?

YS: J’ai grandit dans l’agglomération lausannoise. Troisième d‘une famille de six enfants, j’ai été socialisé et scolarisé dans les milieux catholiques de la région. Après mes études à l’université de Lausanne, je me suis engagé professionnellement en tant que travailleur social dans le domaine de la protection des mineurs et des adultes. En tant queça je fonctionne encore jusqu`à la fin de l`année. Je suis marié, père de trois fils et grand-père de quatre petit-enfants.

VI: Enfin : A quoi ressemblera la via integralis dans 20 ans ? Nous avons déjà posé cette question lors d’un week-end de formation des enseignants…

YS: Avant ma maladie, j’avais encore une idée de ce qu’elle pourrait devenir – ma maladie m’a permis d’abandonner toute idée! Je suis convaincu que la via integralis a de l’avenir. Mais elle devra s’émanciper d’elle-même, renforcer sa présence. Le concept ne doit pas être trop dominant. La rencontre entre la mystique chrétienne et la tradition bouddhiste zen a lieu avant tout en nous. Ce dialogue entre ces deux traditions est à la fois source de tensions et un enrichissement. Et cela suppose que le corps enseignant soit pleinement impliqué dans ce dialogue. Je m’engage pour la diffusion de la via integralis dans le monde francophone. Notre école offre un cadre propice, à la fois parce qu’il permet de l’identifier et parce que l’accompagnement proposé correspond aux besoins spirituels de notre temps. Cela vaut vraiment la peine. Continuons!

VI: Cher Yves, je te remercie d’avoir pris le temps et de nous avoir donné un aperçu de ta vie.

Regina Grünholz, Biel/CH, 26 avril 2019

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