L’école de contemplation via integralis dans les régions francophones

Une nouvelle voie spirituelle.

D’Yves Saillen, enseignant de contemplation

Pour mieux comprendre comment cette école de contemplation se développe dans les régions francophones, il faut jeter un regard sur quelques caractéristiques.

Elle ouvre un espace de rencontre entre la tradition bouddhique et la tradition chrétienne, plus précisément la mystique chrétienne. On peut comparer les effets de cette rencontre à nos yeux qui conjuguent leur vision pour donner au champ visuel sa profondeur. Cela signifie que cette rencontre vivifie notre tradition chrétienne, approfondit notre expérience et notre connaissance de notre propre tradition, ainsi que de celles de la tradition bouddhique.

L’école via integralis a été fondée en 2003 par sœur Pia Gyger de la congrégation Katharina-Werk et le Père jésuite Niklaus Brantschen. Tous deux ont découvert la pratique et la voie de l’expérience zen grâce au Père jésuite Hugo Enomiya Lassalle (1898-1992).

Notre savoir seul ne suffit plus à résoudre les problèmes complexes auxquels nous avons affaire. Seule une pratique spirituelle assidue intégrant toutes les facultés de l’homme est apte à relever ce défi. La voie que nous propose la pratique de zazen fait preuve d’un génie inconnu dans notre culture occidentale. Comme aucune autre pratique spirituelle, elle propose une voie directe d’expérimentation de la nature essentielle inhérente à tout être vivant. Elle favorise le cheminement enseigné par la mystique rhénane et espagnole. Maître Eckart et Jean Tauler proposent la pratique du détachement : « Nous disons donc que l’homme doit être aussi dépris de son savoir propre qu’il l’était lorsqu’il n’était pas ». Cela interpelle notre culture française qui accorde une place prépondérante à la pensée cartésienne et au savoir qu’elle génère.

Pratiquer zazen, dans le respect de la tradition bouddhiste, amènent les pratiquant*es à s’immerger dans cette tradition, tout en restant fidèle à leur propre tradition chrétienne. Cette attitude initie un dialogue intérieur entre l’expérience mystique chrétienne et bouddhique.

De manière idéale, la pratique de zazen rassemble, réunit les forces de l’être humain et les concentrent, ce qui permet, grâce à un exercice constant, d’expérimenter la présence divine et de l’intégrer dans le quotidien. Le cadre, les rituels, la longueur des périodes de méditation, les sessions d’un à plusieurs jours sont organisés d’après le modèle zen. L’attitude intérieure est la même, nous abandonnons toute représentation. Cela nous permet de mieux comprendre et d’accéder à la richesse de la mystique chrétienne. Ce qui nous distingue de nos sœurs et frères bouddhistes c’est, entre autres, la manière de mettre en mots les expériences vécues lors de la méditation.

Les premiers enseignants, dont je fais partie, ont été nommé en 2006. Habité par la conviction que, non seulement le dialogue entre deux traditions religieuses les enrichit mutuellement, mais qu’en outre cette voie pouvait s’enraciner dans les régions francophones, je me suis mis à la recherche de personnes intéressées par cette pratique.

Tout a commencé en 2007 à l’Abbaye Fontaine André à Neuchâtel et au centre St-François à Delémont, grâce au soutien de la communauté des frères des Ecoles catholiques et du service de la formation des adultes du Jura pastoral. La présentation de cette démarche éveilla de la curiosité et de l’intérêt. Un certain nombre de personnes se mirent à participer aux sessions à Neuchâtel et Delémont. L’enseignement met depuis le départ l’accent sur l’assise silencieuse et immobile, encadrée et accompagnée par l’enseignant. Un enseignement oral est donné sous forme d’exposés. Cependant, de la même manière que les explications que l’on peut donner pour illustrer ce qu’est le fait de boire une tasse de thé, ne peut jamais remplacer l’expérience que l’on fait en la buvant, la pratique a toujours été au centre de notre attention.

Salle de contemplation au centre St-François, Delémont

Pour qu’une expérience spirituelle puisse s’intégrer et porter des fruits, il lui faut prendre forme en tant que pensée, image, parole, écrit. Pour cette raison, des moments d’échange, de partage et des entretiens avec l’enseignant figuraient dès le début au programme.

La pratique chez soi, quotidienne, est exigeante. La constitution de groupes permit de pratiquer ensemble et de se soutenir ainsi les uns les autres. Le fait de méditer en silence crée des liens entre les méditant*tes et développe en chacun un sentiment d’appartenance source de constance et de détermination.

Répondant à un appel intérieur ou à une demande, certaines personnes se déclarèrent d’accord d’animer un groupe et prirent l’initiative d’en fonder en collaboration avec moi.

Le groupe qui s’est constitué au centre St-François à Delémont en 2007 a tout d’abord été animé par Bruno Chapatte. Myriam Schaller lui a succédé. Par la suite, elle souhaita partager cette tâche avec Sabine Eicher et Marie-Thérèse Sangsue, qui assume actuellement la coordination. Le groupe se réunit deux fois par mois à 19 h 40 dans une petite salle à côté de la crypte du centre, pratique ensemble Zazen et consacre un moment après la méditation pour échanger et partager. Le groupe est ouvert et accueille en tout temps les personnes intéressées.

À  Porrentruy, Bruno Chapatte fonda un groupe sur le modèle de celui de Delémont, puis un autre au Noirmont, ainsi qu’un au collège de Porrentruy, dans lequel il travaille comme enseignant. Le groupe de Porrentruy se retrouve chaque quinzaine dans une salle du centre paroissial les Sources à 19 h 00, celui de Noirmont, qui est animé par Françoise Pelletier et Michel Lachat, aussi chaque quinzaine dans une salle paroissiale sous l’église du Noirmont à 19 h 00.

L’Abbaye de Fontaine André ayant dû fermer ses portes, nos activités cessèrent dans cette institution qui nous avait abrité pendant plusieurs années. La communauté romande des jésuites qui anime le centre de formation de Notre-Dame de la Route à Villars-sur-Glâne soutient notre démarche et met à notre disposition une pièce du centre comme salle de méditation ; plusieurs retraites ont lieu dans ce cadre chaque année. Il n’y a pas à proprement parler de groupe rattaché au centre.

Au Cénacle à Genève, j’anime quatre journées par an. Les personnes intéressées peuvent me contacter si elles souhaitent s’inscrire à une de ces sessions. Nous entretenons une relation amicale avec Pierre Palli qui anime un autre groupe de méditation au Cénacle.

Sr Maryline Darbellay, membre de la Congrégation des Sœurs de la Croix de Chavanod, responsable de la province de France, me signala l’intérêt qu’éveilla en elle le cheminement proposé par l’école via integralis. À Chavanod (France), ses consœurs et elle-même étaient en train de fonder un centre spirituel et culturel – la Maison du Grand Pré -, dans une aile de l’ancien couvent, et elles souhaitaient proposer des cours de méditation selon la tradition via integralis. Depuis, notre collaboration s’est intensifiée. Depuis 2014, Sr Maryline organise en ce lieu des soirées et des journées de méditation. Je propose, pour ma part, une semaine d’approfondissement durant les étés dans ce centre. Sr Maryline a été nommée au mois de septembre de cette année enseignante de l’école via integralis. Les personnes intéressées sont invitées à contacter le secrétariat de la Maison du Grand Pré à Chavanod en France.

À Berne, grâce à l’initiative de Pascale Schütz, un groupe qu’elle anime et que je soutiens, pratique régulièrement l’assise. Les responsables de la paroisse de la Trinité mettent à disposition une pièce qui sert de salle de méditation. Actuellement, le groupe ne fixe qu’à court terme les dates des rencontres.

Le programme annuel prévoit plusieurs sessions de un à plusieurs jours, à savoir des journées, des week-ends, des sessions de 2 ou 5 jours au centre St-François à Delémont, au Domaine de Notre-Dame de la Route à Villars-sur-Glâne, au Cénacle à Genève et à la Maison du Grand Pré à Chavanod.

J’assure l’animation de ces retraites et participe personnellement à deux ou trois soirées par an et par groupe.

La branche francophone de la via integralis fait preuve de vigueur et, grâce à l’engagement de ses membres, elle est en passe de s’enraciner dans nos régions francophones.

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